juillet 2019
Edito

UN SOMMET A NIAMEY

Par Zyad Limam
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Du 4 au 8 juillet, Niamey, capitale du Niger, sera le centre du continent. Pour un sommet extraordinaire de l’Union africaine. Près de 25 chefs d’État et des milliers de participants viendront marquer la naissance de la Zleca, la zone de libre-échange continentale africaine. On pourrait croire à la naissance d’un nouveau «machin», pour reprendre une expression fameuse du général de Gaulle (à propos des Nations unies). Pourtant, il y a là quelque chose de nouveau, et peut-être de «transformateur». L’arrivée de la Zleca pourrait bouleverser la donne. Elle renforcera l’idée que l’Afrique est «une», que les opportunités de son marché intérieur, c’est-à-dire de ses forces propres, peuvent porter un ambitieux schéma de développement. Menée à bien, en surmontant les difficultés, la Zleca donnerait naissance au plus vaste espace de libre-échange au monde. Un ensemble de plus d’un milliard d’habitants, représentant près de 2500 milliards de dollars de produit intérieur brut, s’étendant de la Méditerranée aux mers du Sud, entre océan Atlantique et océan Indien. Évidemment, l’objectif sera de dépasser l’idée de «marché» pour s’orienter vers la notion de coopération active. Le système doit permettre d’augmenter les échanges interafricains (aujourd’hui 16 % du total, alors qu’en Europe, on atteint 70 %), de favoriser l’industrialisation et la prise d’ampleur des services. Et surtout sortir du piège des «spécialisations». Aujourd’hui, la plupart des pays africains produisent la même chose (en général des matières premières ou des produits semi-transformés). Ils sont concurrents entre eux et s’appauvrissent dans le marché global, trop «petits» pour progresser dans la chaîne de valeur. 
 
Les obstacles sont encore nombreux, immenses. Le sommet de Niamey sera un point de départ. Il faudra négocier des années, définir des normes communes, des règles douanières, valables pour une cinquantaine d’États, aborder la question des barrières non tarifaires, l’équilibre entre pays côtiers et pays enclavés, la mise en place des chambres de compensation pour des devises différentes. Certains pays, comme le Nigeria, se méfient d’un accord qui pourrait in fine ouvrir les frontières intérieures à des produits venus d’Europe ou d’Asie, via des «pays de transit» peu regardants... Ces débats ne sont pas vains, et rien n’est gagné d’avance. L’exemple de la construction européenne montre à quel point le chemin peut être ardu. Et le commerce à lui tout seul ne pourra pas résoudre toutes les urgences africaines. Le continent a besoin d’infrastructures, d’énergie. D’investir massivement dans le secteur social, éducation et santé. De se préparer au réchauffement climatique. Mais l’unité peut créer la force. Et révéler des opportunités. Le sommet de Niamey et la naissance de la Zleca marquent une étape, une borne dans l’histoire. Soixante ans après les indépendances, l’Afrique cherche à se réunifier économiquement, pour accélérer sa croissance et se départir de son mal-développement. C’est une utopie qui prend consistance, «un grand rêve en avant» [voir AM no 393] qui pourrait mobiliser une ou deux générations de jeunes Africains. 
 
Et puis, il y a le cas du Niger. Pays immense (1,268 million de km2, soit deux fois la France), enclavé au cœur du désert, de ce Sahara aux confins indéfinissables. Un pays pauvre, engagé dans une véritable bataille pour le développement. Un pays «au front» aussi, face aux djihadismes et aux milices [voir page 22]. L’effort national a été conséquent en matière d’infrastructures: hôtels, aéroports, routes... On mesure aussi l’effort invisible pour la sécurité. Et enfin l’effort politique et diplomatique. Le président Issoufou Mahamadou s’est pleinement engagé dans le projet. 
 
Les cycles de négociations se tiennent à Niamey, au bord du fleuve Niger. Les ratifications du traité ont été diplomatiquement négociées par la présidence et son équipe. Et il y a quelque chose de fortement symbolique dans cette capitale transformée, dans cette ouverture à l’Afrique, dans la tenue de ce sommet ici, sur ce thème précis. Là où les dangers sont encore plus présents, là où les défis du développement sont encore plus prégnants, rien n’empêche, au contraire, d’investir dans l’avenir, dans une vision collective et ambitieuse du futur.
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