août 2019

Une énergie démocratisée

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Les délestages connus entre 2012 et 2013 sont désormais un lointain souvenir. L’objectif, dorénavant, est d’élargir l’accès. Dans le cadre du Programme électricité pour tous (PEPT), depuis février 2019, une baisse de 20 % sur les factures des compteurs de cinq ampères est effective, et le nombre d’abonnés ne cesse d’augmenter.
 
Quand la Côte d’Ivoire sort de la crise en 2011, ce pays producteur d’énergie – qui fournit même certains de ses voisins – est contraint d’appliquer une politique de délestage entre 2012 et 2013. Les pannes observées sur le réseau sont des interruptions de service, essentiellement dues au vieillissement des équipements et au manque d’investissement dans ce secteur sur la dernière décennie (2000-2010). La bonne qualité passe par l’amélioration du transport de l’électricité. Conscient de cet état de fait, le gouvernement lance le Programme électricité pour tous (PEPT), l’objectif étant, dans un premier temps, d’atteindre une moyenne annuelle de 12 heures de coupure d’ici 2020, puis de relier au réseau un plus grand nombre de ménages et de réduire les coûts de consommation pour les petits consommateurs.
 
L’électricité dans chaque foyer
La Côte d’Ivoire, c’est plus de 1 300 000 clients et un taux de couverture de la population de 80 %. L’objectif du PEPT est donc essentiellement de permettre aux populations à faibles revenus d’avoir de l’électricité à domicile. Les modalités souples d’acquisition des branchements/abonnements, lancées en 2014, ont permis à un peu plus de 420 000 ménages (sur 1 million visé d’ici 2020) d’être raccordés au réseau électrique. Avec un apport de 1 000 francs CFA, les bénéficiaires disposent d’un branchement et d’un abonnement au réseau électrique, dont le coût total (estimé en moyenne à 150 000 francs CFA) sera payé sur une période allant de trois à dix ans. Les compteurs installés dans le cadre du programme fonctionnent en mode prépayé, et le règlement du reliquat est débité par fraction sur chaque rechargement jusqu’au solde. Parallèlement, les abonnés au tarif modéré de cinq ampères (régime post-paiement) connaissent une baisse de 20 % de leur tarif de consommation depuis janvier 2019. Plus de 800 000 abonnés seraient concernés par cette mesure. 
 
 
 
 
Entretenir le réseau
Par ailleurs, fin 2019, l’État devrait finaliser son programme d’électrification de l’ensemble des localités de plus de 500 habitants, avec pour objectif de raccorder 74 % de celles-ci en 2020 et 100 % en 2025. L’autre pilier d’investissement dans ce secteur réside dans le Projet de développement et de réhabilitation du réseau électrique de Côte d’Ivoire (Proderci), lancé en juillet 2018. Il se présente comme l’un des plus grands projets jamais réalisés dans le secteur de l’énergie. Son objectif est d’améliorer considérablement l’état du réseau : 11 nouveaux postes haute tension doivent être construits, 15 existants vont être réhabilités et étendus, 1 685 km de lignes haute tension sont à construire, et 41 nouveaux départs de 30 kV et 5 nouveaux départs 15 kV vont être créés à Bondoukou et Bouna. Ce projet de haute portée sociale et économique couvre quatre zones : nord-est, centre-nord, centre-ouest et ouest. D’un coût global de 460 milliards de francs CFA, le plan est financé à hauteur de 95 % par China EximBank et 5 % par l’État, les travaux du Proderci vont s’achever en juillet 2020.
 
Le hub énergétique d’Afrique de l’Ouest
Exportateur net d’électricité vers cinq pays de la sousrégion (Ghana, Burkina Faso, Togo, Bénin et Mali), la Côte d’Ivoire a une capacité énergétique en hausse de 55 % depuis 2011. Elle atteint aujourd’hui 2 200 MW, avec pour objectif de parvenir à 4 400 MW en 2020 et à 6 000 MW dix ans plus tard. Ceci grâce à un programme de réorganisation du mix énergétique, en développant l’hydraulique et le renouvelable pour réduire la part thermique (charbon, gaz, pétrole), laquelle reste prédominante avec un peu plus de 80 % du parc actuel. La question des énergies propres se pose inévitablement. L’engagement a été pris d’atteindre un mix énergétique comprenant 42 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. Les projets concernés sont portés par le secteur privé, via des partenariats publicprivé dans lesquels l’État s’engage à acheter l’électricité qui sera produite. Le coût total de ces investissements est conséquent : 700 milliards de francs CFA, selon les chiffres officiels du ministère de l’Énergie. Un coût qui ne comprend pas les investissements visant à étendre les exportations vers le Liberia, la Guinée et la Sierra Leone, estimé à 211 milliards de francs CFA, avec la construction d’une ligne à haute tension de 1 400 km en cours de réalisation.
 
Des zones sombres
Lors de l’édition 2018, en juillet, du forum Africa Energy Marketplace – organisé par la Banque africaine de développement (BAD), à Abidjan –, des recommandations ont été proposées pour la Côte d’Ivoire. Le pays doit en effet améliorer l’environnement des affaires pour les acteurs du privé exerçant dans le domaine de l’électricité, et de l’énergie solaire en particulier. Il s’agit, entre autres, de mieux contrôler les congés fiscaux et les remises tarifaires pour les fabricants d’équipements solaires et les importateurs. Autre point noir, la saturation du réseau dans certains quartiers périurbains d’Abidjan, accompagnée d’un taux relativement élevé de fraude, qui entraînerait 40 à 50 milliards de francs CFA de pertes annuelles selon les estimations.
 
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