Côte d’Ivoire

Une politique ambitieuse de développement

Par Zyad Limam/Alexandra Fisch - Publié en
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Chantier immobilier, à Abidjan. NABIL ZORKOT.

Investissements dans les infrastructures, retour de la compétitivité, inclusion sociale… La Côte d’Ivoire a retrouvé sa place de leader régional.

On peut parler, sans aucun doute, d’un second miracle ivoirien. L’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, en 2011, ouvre un nouveau cycle, fortement dynamique. « La paix comme préalable au développement, le développement pour renforcer la paix. » À l’orée de son premier mandat, le président a annoncé son objectif : faire entrer son pays dans l’émergence à l’horizon 2020. Dès lors, avec son gouvernement, il a mis en place les éléments d’une croissance forte et durable. Depuis la fin de la crise politique en 2011, l’économie a progressé à un rythme moyen de 8 % par an, avec un pic de 10,1 % en 2012. Le PIB est passé de 25 milliards de dollars en 2010 à 40 milliards de dollars en 2017. Une performance qui en fait l’un des États les plus dynamiques du monde sur cette période. L’économie s’appuie sur des secteurs solides : le cacao, les produits agricoles, l’énergie, les services, les ports… Le monde extérieur, les bailleurs de fonds et les investisseurs témoignent de leur confiance, que ce soit dans la réalisation de projets ou lors de la levée de capitaux sur les marchés. La Côte d’Ivoire s’impose à nouveau comme la locomotive de l’Afrique de l’Ouest, et Abidjan comme une grande porte d’entrée sur le continent. La perspective de l’émergence n’est plus tout à fait un slogan, et la dynamique semble durable. Des projets d’infrastructures majeurs sont en cours, comme le métro de la capitale économique. Dorénavant, l’objectif est de monter en gamme, dans l’échelle de valeurs : inciter à la transformation de produits, investir dans la formation et le savoir. Mais aussi dans de nouvelles filières, comme le tourisme et l’économie verte. 
Cette croissance aura eu un effet transformateur sur le territoire, rendant possible une politique ambitieuse de grands travaux, un accroissement de la compétitivité de l’économie nationale, une élévation rapide des revenus– en particulier en milieu urbain –, la consolidation d’une classe moyenne. Ce parcours d’émergence repose sur un triple défi : maintenir un rythme rapide et durable, instaurer une croissance plus inclusive (le taux de pauvreté s’élève encore à 46,3 %) et maintenir les paramètres d’une action fiscale et budgétaire équilibrée.
 
LE PND, INSTRUMENT D’ACTION DE L’ÉTAT 
Dans ce contexte, le Plan national de développement (PND) a été élaboré comme un « document maître » pour diriger la politique économique du pays. Il fixe la stratégie à suivre, encadre les grands paramètres du développement, détermine les priorités. Il s’agit aussi de poser les objectifs en matière d’investissements, d’établir la participation de l’État et de mobiliser les ressources extérieures auprès des partenaires et des bailleurs de fonds internationaux, multilatéraux, publics ou privés. Établi en deux phases (2012-2015 et 2016-2020), il est un instrument essentiel d’une croissance dynamique. Et pour assurer la concertation et la coordination de sa mise en œuvre, une Commission nationale de développement a été créée sous le haut patronage du président de la République. Ainsi, près de 10 milliards de dollars auront été engagés dans le PND 1.
Les institutions internationales ont renouvelé leur confiance au gouvernement lors de la levée de fonds de la seconde phase, en 2016. Le montant des investissements attendus sur la période s’élève à 30 000 milliards de francs CFA (60 milliards de dollars), dont 11 284 milliards (22,6 milliards de dollars) pour le secteur public – soit 37,6 % – et 18 716 milliards (37,4 milliards de dollars) pour le privé – soit 62,4 %. Le Fonds monétaire international a validé ce nouveau programme avec un apport de 658 millions de dollars. Les autorités ont aussi conclu un partenariat de suivi du PND 2 avec le centre de développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
 
LES INFRASTRUCTURES, CLÉ DE LA COMPÉTITIVITÉ 
L’importance de l’investissement financier dans les infrastructures est au cœur de la reprise de la croissance et du regain de compétitivité. Car à partir des années 1980, ce pays leader de l’Afrique de l’Ouest a pris du retard en matière de développement, et l’essor démographique a accentué les besoins. Dans les années 2000, cette perte de vitesse s’est confirmée : l’Afrique subsaharienne enregistrait une croissance de 5 %, alors que la Côte d’Ivoire stagnait à 2 %. Entre 1980 et 2010, le PIB par habitant a été réduit de moitié, passant de 1 800 à 900 dollars. Il a donc fallu restaurer la capacité de production, réinvestir dans les voies de communication, l’énergie, le désengorgement d’Abidjan, l’optimisation des grandes structures portuaires et aériennes… Il était indispensable de favoriser activement la circulation des personnes, des biens et de l’information. 
Cette politique budgétaire allouée aux installations et aux équipements a également eu un impact direct sur la croissance et l’emploi. Les partenariats public-privé (PPP) ont été choisis comme l’instrument essentiel de cette ambitieuse stratégie gouvernementale. Pour ce faire, un cadre légal a été mis en place en décembre 2012. Des programmes de formation pour les acteurs publics sur la passation des marchés et la structuration des PPP ont été nécessaires. Par ailleurs, l’État a renforcé le contrôle des commandes, à la fois en matière d’optimisation des coûts et de la qualité des travaux, mais aussi afin de mieux lutter contre la corruption. Les deux acteurs principaux dans cette réglementation sont la Direction des marchés publics (DMP), qui donne un avis de non-objection dans l’attribution des projets par les autorités contractantes, et l’Autorité nationale de régulation des marchés publics (ANRMP), qui intervient lorsqu’il y a des contentieux.
 
LA PROMOTION DE L’INITIATIVE PRIVÉE 
Le développement du secteur privé est l’une des clés de la croissance durable de la Côte d’Ivoire, mais aussi l’un des paramètres essentiels pour contrer un éventuel essoufflement. Pour les entreprises, il s’agit de participer à l’investissement, de mieux se positionner dans la chaîne de valeurs, de prendre pleinement part à la création d’emplois, l’un des défis majeurs du pays. Le gouvernement a mis en place un certain nombre de mesures qui assurent le cadre général : guichet unique, code des investissements, dispositions fiscales… Les femmes et les jeunes sont particulièrement incités à se lancer dans l’aventure. Aujourd’hui, près de 40 % des entreprises privées créées l’ont été par des jeunes de moins de 35 ans. L’objectif est de doper le tissu des PME, soutenir leurs actions, les aider à exporter leurs produits et leur savoirfaire dans la région de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). 
Le but est également de soutenir le développement d’entreprises de taille plus importante. Des projets pour des partenariats sont en discussion, notamment sous l’impulsion du Comité national de pilotage des partenariats public-privé (CNP-PPP). 
Le gouvernement, par le biais du ministère de l’Économie et des Finances, veut favoriser l’émergence de « champions nationaux ». En octobre 2019, une première liste de 29 entreprises a été sélectionnée. Elles feront l’objet de contrats de performance autour de missions de développement, de création d’emplois et de valeur ajoutée, d’exportation de produits manufacturés, et d’essor de pôles régionaux compétitifs. L’un des objectifs reste, effectivement, la déconcentration de la croissance ivoirienne vers l’intérieur du pays. De nombreux projets privés sont ralentis par la saturation des zones industrielles d’Abidjan. La Côte d’Ivoire a la chance d’avoir de nombreuses villes de tailles intermédiaires, comme Bouaké, Korhogo, San Pédro… qui offrent un potentiel majeur pour les sociétés.
 
L’ÉNERGIE, MOTEUR DE LA CROISSANCE 
Inauguré en novembre 2017 par le président Alassane Ouattara et financé avec l’appui de la Chine, le gigantesque barrage de Soubré, au sud-ouest du territoire, doit produire 275 MW par an. Il incarne le renouveau des ambitions énergétiques ivoiriennes. Ce projet s’ajoute à celui d’extension de la centrale thermique d’Azito, située sur la commune de Yopougon, d’une puissance de 430 MW. Mais pour anticiper les besoins futurs de la capitale économique comme du pays, les travaux d’extension vont permettre d’atteindre 700 MW. À terme, elle produira 30 % de la puissance nationale totale installée. Elle offrira aussi l’un des tarifs les plus faibles. La lumière de Babi rayonnera loin ! 
Exportatrice d’électricité vers cinq pays de la sous-région (Ghana, Burkina Faso, Togo, Bénin et Mali), la Côte d’Ivoire a une capacité énergétique en augmentation de 55 % depuis 2011. Elle atteint aujourd’hui 2 200 MW avec pour objectif de parvenir à 4 400 MW en 2020 et à 6 000 MW dix ans plus tard. Et ce, grâce à un programme de réorganisation du mix énergétique, en développant l’hydraulique et le renouvelable pour réduire la part thermique (charbon, gaz, pétrole) qui reste prédominante, avec un peu plus de 80 % du parc actuel. La question des énergies « propres » se pose inévitablement. Ainsi, un engagement a été pris afin d’atteindre 42 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. Les projets concernés sont portés par le secteur privé via des partenariats public-privé dans lesquels l’État a prévu d’acheter l’électricité qui sera produite. 
Le coût total de ces investissements est conséquent : 700 milliards de francs CFA, selon les chiffres officiels du ministère en charge de l’énergie. Ce montant ne comprend pas les investissements visant à étendre les exportations vers le Liberia, la Guinée et la Sierra Léone, estimées à 211 milliards de francs CFA, avec la construction d’une ligne à haute tension de 1 400 kilomètres en cours de réalisation.