mars 2020

Une puissance agro-industrielle

Par Zyad Limam/Alexandra Fisch
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Véritable pépite nationale, la fève de cacao fait vivre 5 millions de personnes. Mais d’autres « branches » sont tout aussi porteuses. 
 
Première puissance agricole de la région (nette exportatrice), la Côte d’Ivoire a établi le Programme national d’investissement agricole (PNIA 2012-2016), ambitieux projet de relance et de modernisation du secteur. Il s’organise autour de quatre axes : la sécurité et la souveraineté alimentaire, la gestion durable des cultures de rente et d’exportation, l’engagement du secteur privé par le renforcement des investissements, la gouvernance agricole en matière de réformes des filières agricoles, de restructuration des organisations professionnelles agricoles et de la mise en œuvre de la loi sur le foncier rural. Ainsi, 10 % du budget national y est consacré. Le plan a été reconduit pour une seconde phase qui couvre la période 2018-2025.
Le territoire bénéficie d’une qualité des sols et de conditions climatiques très favorables pour une grande diversité de cultures tropicales : 75 % des terres sont arables, quand 40 % seulement sont exploitées. Le secteur fait encore vivre une grande partie de la population, que ce soit dans les cultures vivrières (riz, maïs, manioc, banane plantain, etc.) destinées à l’autosuffisance ou à la vente aux pays voisins, ou dans les cultures d’exportation (cacao, noix de cajou, caoutchouc naturel, huile de palme et de coton).
 
LE CACAO, UNE PRODUCTION STRATÉGIQUE
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire est le seul pays d’Afrique de l’Ouest qui présente un excédent de balance commerciale, c’est-à-dire qu’il exporte plus qu’il n’importe. Avec 2 millions de tonnes récoltées en 2018 – soit 40 % de la valeur mondiale –, la fève reste un trésor pour la nation et pour les 5 millions de personnes qui en vivent. Les fèves et transformés représentent 29 % des recettes d’exportations. Aussi, les autorités ont la volonté de mieux rémunérer les producteurs, acteurs essentiels et pourtant très désavantagés dans la chaîne de distribution.
C’est pourquoi la Côte d’Ivoire s’est alliée au Ghana, deuxième producteur mondial, en signant la Déclaration d’Abidjan, le 26 mars 2018. Celle-ci formalise leur engagement commun d’harmoniser leurs politiques de commercialisation du cacao. Ainsi se sontils entendus pour imposer, en 2019, un prix plancher sur le marché international, le prix bord champ de la fève passant donc de 750 francs CFA/kg à 1 000 francs CFA. En outre, plus de 3,7 milliards de francs CFA vont être investis pour soutenir la filière. Notamment pour encourager le taux de transformation, qui devrait atteindre 50 % d’ici à 2020. Ce même pourcentage est d’ailleurs visé pour la production d’anacarde.
 
INDUSTRIE DE TRANSFORMATION ET TRANSFORMATION DE L’INDUSTRIE
Le pays accentue son effort en matière de transformation des matières premières afin de mieux capter la plus-value. Produire, c’est bien, transformer, c’est mieux ! Et l’agriculture représente le potentiel le plus important en matière industrielle. Il y a évidemment le cacao, pépite nationale. Outre la création d’une industrie chocolatière de qualité, l’ambition est de passer rapidement de la fève brute au broyage sur place, mais aussi à l’exportation de produits semi-finis, comme la pâte. Cette montée en gamme s’effectue en partenariat avec les leaders mondiaux comme Cargill ou Barry Callebaut. L’agro-industrie représente un marché particulièrement porteur. La demande croissante de denrées alimentaires dans toute la région UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine, 110 millions d’habitants), l’évolution démographique, la consolidation de classes moyennes sont autant d’avantages. Les filières doivent se structurer, et pour cela, le rapprochement avec le secteur privé est important. Le ministère de l’Industrie a mis en place des plans de développement de transformation des produits agricoles, en complément de réformes mises en œuvre par le département de l’Agriculture. Une stratégie est en cours d’élaboration pour l’hévéa, et le gouvernement travaille avec la Société financière internationale (SFI) pour définir précisément les besoins des opérateurs s’installant dans cette filière. D’autres branches, comme l’huile de palme, le sucre, les fruits et légumes, le coton, le caoutchouc, le riz, la noix de cajou, la bière sont particulièrement porteuses.
Outre la mise en place du cadre légaldes investissements et les directives du PND, plusieurs mesures sont destinées à soutenir le secteur industriel, notamment en lui donnant accès à des infrastructures de production performantes. Le programme a consisté en la rationalisation de terrains disponibles, la réhabilitation de la zone de Yopougon, l’aménagement de la nouvelle zone du PK24… Le guichet unique du permis de construire, désormais opérationnel, a facilité les nouvelles implantations.
Il faut également s’accorder aux standards de qualité et de conformité internationaux. Le gouvernement a donc commencé plusieurs actions de promotion et de développement, dont la signature d’un nouveau contrat avec Codinorm, à qui sont confiées l’élaboration des normes et la gestion de la marque nationale de conformité. Cela concerne aussi la promotion des meilleures entreprises inscrites dans la démarche qualité, ou le fait d’accueillir le siège du Système ouest africain d’accréditation (SOAC) à Abidjan, et la création du Comité national de lutte contre la contrefaçon (CNLC). 
 
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