Editos

Bon, nous vivons une période totalement dépressionnaire. C’est vrai. La pandémie de Covid-19 reprend de plus belle en Europe, ne faiblit pas ailleurs, et certains esprits chagrins menacent l’Afrique, jusque-là plutôt miraculeusement épargnée, d’une seconde vague bien plus virulente que la première… Du nord au sud, la menace islamiste, le terrorisme et ses actes barbares continuent inlassablement leur lente politique de terre brûlée. Les économies du monde entier, à la suite des divers confinements et de l’arrêt brutal des échanges, vacillent ou sont en suspens. Pas mal de pays africains sont secoués de manière récurrente par des situations politiques tendues, des manifestations et leurs répressions violentes qui paralysent la vie au quotidien, le développement, le progrès.

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Si l’Afrique apparaît souvent comme une terre d’émergence économique, elle semble comme à l’arrêt sur le plan politique, paralysée par les enjeux de pouvoir, les rigidités internes, la faiblesse du débat démocratique. Chaque élection, chaque passation se présente comme un obstacle quasi insurmontable, un stupéfiant affrontement interne. Évidemment, le pouvoir reste une lutte. On ne gagne pas les sommets sans batailler, sans convaincre, sans alliances, sans manœuvres… Mais le pouvoir pour le pouvoir ne mène nulle part, sauf à la dictature, à la « démocrature ». Et à l’échec. Il nous faut sortir de ces paradigmes anciens, vermoulus, qui nous freinent, limitent notre progrès. Il nous faut changer le politique pour aller plus vite, plus loin, répondre aux attentes de centaines de millions d’Africains.

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Il y a sept mois, au début de la crise du Covid-19, les projections les plus sinistres sur l’avenir du continent africain pullulaient. Dans la presse affolée, chez les épidémiologistes chagrins, dans les discours pessimistes de l’OMS. Pourtant, si le virus fait des ravages en Amérique, en Europe et en Inde, il semble épargner relativement l’Afrique. Dernières données fin septembre de l’OMS : 1,4 million de cas et 35 000 décès… Mieux, dans les pays les plus touchés, comme l’Algérie, le Nigeria, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Sénégal, les infections ont diminué ces deux derniers mois et continuent de chuter régulièrement.

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C’est une crise économique majeure, de proportion historique, quelque chose qui ressemble à un ouragan à l’échelle de la planète. Le Covid-19, maladie du déplacement, met à genoux l’économie globalisée sans que l’on sache combien de temps encore va durer ce carnage… Les États-Unis, l’Europe vont dépenser des milliers de milliards pour soutenir leur économie face à la pandémie. Ils engagent de l’argent qu’ils n’ont pas, qu’ils empruntent, et qu’au fond, ils ne rembourseront jamais vraiment. À chaque fois qu’un prêt arrivera à maturité, les États réémettront une nouvelle dette pour payer l’ancienne… C’est un mécanisme parfait qui fonctionne sur la confiance des marchés et sur une certaine hypocrisie générale. Et parce que les liquidités à l’échelle de la planète sont immenses. C’est là où commence une forme d’injustice.

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Tout début août, aux États-Unis, pays le plus puissant de la Terre. À 90 jours d’une élection présidentielle qui s’annonce cruciale, pour le monde entier. L’épidémie de Covid-19 est hors de contrôle, avec près de 160 000 décès et 4,7 millions de contaminations au 3 août. Les États-Unis sont devenus le pays le plus touché au monde. Victimes des errements cyclothymiques de leur président, de la politisation de la crise, d’un mille-feuille institutionnel paralysant. Et de la mentalité de cow-boys d’une grande partie de la population.

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À ce jour, près de la moitié de la population mondiale est présente sur les réseaux sociaux. Et durant les douze derniers mois, en partie du fait de la pandémie de Covid-19, le nombre d’utilisateurs a augmenté d’environ 10 %, soit de 12 nouveaux utilisateurs par seconde. Super ! Les divers confinements ont poussé les habitants de la planète entière à communiquer différemment, les télétravailleurs à bosser à distance, arborant souvent un visage déformé sur un petit écran, les élèves à se connecter pour ne pas perdre pied dans leur cursus. Bref, l’utilisation des applis et autres solutions high-tech ont le vent en poupe

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Je sais, le sujet est l’un des chouchous du « C’est comment ? » Mais là, l’occasion est trop belle pour ne pas en remettre une petite couche pour tous… Juillet verra certains d’entre vous prendre des vacances. Après les confinements et autres auto-confinements imposés par la pandémie de Covid-19, ceux qui ont télétravaillé, gardé leur emploi ou thésaurisé auront les moyens et l’envie de bouger un peu et de partir en villégiature. Mais cette fois-ci, le choix du tourisme domestique risque de s’imposer. Les frontières seront fermées pour la plupart, les hôtels loin d’être tous rouverts dans le monde, et les mesures de sécurité à l’entrée des pays « open », avec souvent quatorzaine et tout le tintouin, pas gérables.

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Au centre, il y a ce fleuve qui coule depuis la nuit des temps, le plus long du monde (6 700 km) avec l’Amazone. Le Nil tire ses eaux d’un bassin d’alimentation gigantesque, qui couvre près du dixième de la surface de l’Afrique. Un écosystème peuplé de 250 millions d’habitants et qui concerne 11 pays riverains. Le fleuve mythique prend sa première source au cœur du continent, au lac Victoria (Nil Blanc). Et sa seconde dans les contreforts montagneux éthiopiens et le lac Tana (Nil Bleu). Ces deux branches se réunissent à Khartoum, la capitale du Soudan, avant de poursuivre une course lente et puissante vers la Méditerranée. Le Nil, majestueux, associé presque exclusivement par l’histoire et par la légende à la grande Égypte, celle des pharaons, des pyramides, de Nasser, de la révolution de la place Tahrir et celle des généraux inamovibles…

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Au moment où vous lirez cet exemplaire, notre nouveau site, afriquemagazine.com, sera en ligne. C’est une étape importante dans notre volonté d’intégrer la chaîne numérique. Et une manière en quelque sorte d’illustrer, aussi, le thème du « monde d’après », qui sert de fil rouge à ce numéro. Un monde d’après marqué par la pandémie du nouveau coronavirus et ses conséquences stupéfiantes. Un monde d’après marqué par l’épuisement de modèles (États- Unis, Chine, Europe, capitalisme financier…) et la montée inexorable d’immenses dangers systémiques (changement climatique, raréfaction des ressources, nouvelles pandémies…). Un monde d’après modelé par cette révolution numérique multiforme, véritable rupture technologique, sensorielle, organisationnelle, deux siècles après les bouleversements de la révolution industrielle…

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Entre autres tristes conséquences, la pandémie mondiale de Covid-19 aura (re)montré à quel point l’Afrique est dépendante des plans agricole et alimentaire. Pas seulement à cause de la sécheresse ou de la pauvreté. Mais d’abord à cause de politiques totalement dysfonctionnelles. Produire en masse du cacao, du café ou du coton pour l’étranger – sans jamais parvenir à le transformer localement – ou viser l’industrialisation à tous crins de la production de l’anacarde, c’est bien, mais ça ne nourrit pas son homme. Localement. Ni dans le portefeuille, ni dans l’écuelle.

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